Jeudi 7 décembre 2006

 

 

 

 

(8)- EDMOND LE VAGABOND...Suite

 

Une famille tranquille les Duchêne. Erreur. Cette famille cache un terrible secret. Un drame qui est resté et qui restera longtemps dans la mémoire de Marinette. Ce jour fatal bouleversera son avenir.

Août 1919.

Marinette a vingt ans. La chaleur lourde se fait rude. Il faut aller chercher de l'eau sur les bords du petit étang caché dans la forêt à 800 mètres de la maison. Comme à l'accoutumée, les bras chargés par les deux gros géricans absorbant totalement sa silhouette fluette, munie de son couteau qui ne la quitte jamais et qui lui rend de nombreux services, elle part. Le chemin est scabreux mais elle l'a tellement emprunté qu'elle connaît presque l'emplacement de chaque grosse pierre. Arrivée au bord de l'eau, sous ce soleil étouffant, elle décide de prendre une pause et de se baigner nue dans cette eau fraîche qui lui adresse ses murmures. Après tout, il n'y a jamais personne ici. 

Elle se sent bien les pieds dans l'eau. Elle ferme les yeux pour apprécier les rayons de soleil généreux venant la caresser chaudement. Doucement elle défait sa robe qui tombe sur l'herbe, ôte ses chaussures usagées. Elle déroule sa gaine couleur chair. Les bretelles de son soutien gorge glissent au contact de ses mains. La voici entièrement nue, les pieds dans l'eau se caressant les épaules. Le calme règne parmi le clapotis de cette eau dont elle s'asperge copieusement. Ses seins fermes de jeune fille se redressent aux premières projections de ce liquide frais.

Elle est belle Marinette. Séduisante, attirante. On ne soupçonnerait pas ce trésor charnel sous ses haillons vieillots qui l'enlaidissent.

Son corps ruisselle, parsemé de petits diamants transparents éclatants de mille scintillements. Ses cuisses se serrent quand elle asperge son entre jambes, cet endroit moelleux où elle s'attarde sensuellement. Après tout il n'y a personne ici se dit elle encore.

Mais Marinette ne sait pas qu'elle est observée. Le moindre de ses gestes reflète dans les yeux d'un homme caché derrière un fourré à deux mètres de l'étang.

Cet homme c'est Edmond. Edmond le vagabond. Un vieux garçon à la corpulence carrée forgée sûrement par de grands travaux rudes. Il observe Marinette depuis qu'elle est arrivée. Il se promenait quand il l'a entendue arriver doucement.

Edmond a le coeur qui bat de plus en plus et c'est la première fois qu'il découvre une femme nue.....à suivre

 

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Lundi 27 novembre 2006

 

 Crédit photo chaux.de.fonds

(7) - EDMOND LE VAGABOND...suite

 

 

C'est bras dessus dessous que Gaston et Gil emboîtent le pas sur l'herbe sèche crépitante, sous le soleil rayonnant. Une journée inoubliable pour Gil dont les traits du visage s'illuminent au contact de ce compère touchant de gentillesse et de bonté. Il est fier notre homme de présenter ces vaches une par une. Elles accourent sans se faire prier. Gil écarquille les yeux. Il découvre un univers totalement inconnu pour lui, loin de la ville, loin des railleries, des remontrances récalcitrantes de ses mères...

"Allons voir Marinette"

Marinette finit de se préparer. Ses ongles fades, rayés par de lourdes tâches à la ferme scintillent de vernis rouge. Elle saisit la bouteille d'eau de cologne poussiéreuse et asperge légèrement son cou enrubanné d'un foulard jaune. Son pouls s'est accéléré. Pourquoi ce changement brusque ? Que va t'elle dire à Gaston qui va la découvrir endimmanchée sans raison ? Ses souliers vernis noirs finissent d'élancer ce corps si souvent engouffré dans des haillons râpés par l'usure. Une fois, deux fois, trois fois, elle passe et repasse devant le miroir si longtemps négligé.

Marinette est une femme de trente ans qui paraît plus jeune que son âge. Elle est issue d'une famille de treize enfants. C'est une fille de la campagne qui n'est jamais allée à l'école croulant sous le travail de toute cette nichée. Pas un moment de repos, une vie monotone régnant dans un brouhaha permanent.

C'est aux Chaumes, un hameau de la commune avoisinante que vit la famille de Marinette. Seule une demi douzaine de vieilles fermes entoure leur bâtisse aux murs dégringolants....On ne roulait pas sur l'or chez les Duchêne. Le père se tue à la tâche dans les champs...La mère, Jeannette, une brave femme, assume tant bien que mal l'éducation de ses enfants.

Les Duchêne vivent depuis des générations ici. Ils ont grandi dans cette grande bicoque grise sans confort, composée d'une cuisine spacieuse, ainsi que cinq pièces où s'entasse toute la marmaille pour dormir....à suivre

 

 

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Samedi 25 novembre 2006

(6) - Marinette la coquette...suite

 

 

Gaston et Gil pénètrent dans cette grande cuisine modeste,  propre. Rien ne traîne. Sa ferme est située à 30 kilomètres de la ville enfouie au bout d'un chemin entouré d'un bois riche d'essences. Aucune âme qui vive aux alentours.

Un bouquet de fleurs sauvages orne la table en bois immense pouvant accueillir une vingtaine de personnes. Les vapeurs du café envahissent les narines de Gil. Des rideaux brodés à la main habillent les petites fenêtres reflètant les tranches du soleil éclatant.

La touche d'une âme féminine plâne. Gil un habitué de ces dames, perçoit aussitôt son odeur, ça le met dans une excitation curieuse jusqu'à présent inconnue dans sa conscience. Une chaleur presque transpirante gagne son corps. Il se surprend lui même et se demande ce qu'il lui arrive brusquement. Il dirige sa main contre sa poche dans laquelle se trouve la photo de sa maman, Daisy, comme il l'a toujours appelée dans ses rêves. Il presse fortement cette image vieillote et cornée sans la lâcher, le coeur tambourinant.

 Gaston l'interrompt dans sa jouissance :

"Installe toi mon petiot ! Un grand bol de café et du pain frais que notre Marinette fabrique feront grand bien à ton estomac.

"Marinette !!! Marinette !!! "

Personne ne répond à l'appel de Gaston.

"Bougre de Dieu ! Où c'est y qu'elle est encore passée ? Et Edmond ?...Ils doivent être dans la grange en train de couper du bois. On ira les voir tout à l'heure.."

Gaston et Gil savourent cette copieuse collation dans une ambiance qui résonne...faisant presque vibrer les bibelots qui semblent revivre comme par magie..

Un grand lien d'amitié, d'affection surtout, continue de se tisser entre nos deux hommes. Gaston ne se souvient pas avoir savouré de tels moments de joie. Il est heureux. Gil, trés à l'aise, en totale confiance devant cet inconnu du matin se confie à Gaston. Il raconte sans pudeur son histoire, son abandon par cette mère inconnue, les deux femmes qui l'ont élevé...qui doivent indégnablement détenir un terrible secret, sa fuite vers l'aventure glorieuse, les mensonges concernant son désir de partir en Amérique....

D'un élan du coeur, Gaston se lève. Il prend Gil dans ses bras cachant ses larmes comme un enfant. Un sentiment immense envahit son coeur. Il s'imagine tenir serré fortement contre lui le fils qu'il n'a jamais eu, qu'il a souvent imaginé en secret. Son coeur bat en notes de musique..Toute sa vie cet homme a été loyal, digne, généreux, courageux. Le seul être avec qui il pouvait partager ses joies est son frère disparu trop tôt...Ce frère dont il a reçu des nouvelles quelques jours plus tôt par le notaire qui lui signifie qu'il vit à la Nouvelle Orléans. Enfin une bonne nouvelle après tant d'années de séparation.

Tout en tapotant sur l'épaule, Gaston  propose à Gil une  visite rapide de sa modeste propriété..

Pendant ce temps, Marinette s'est réfugiée dans sa chambre. Ses vêtements juchent sur le sol comme si elle était attendue pour une célébration en son honneur. Elle est nue dans le cabinet de toilette, se frottant le corps mouillé d'un tissu blanc en insistant sur ses parties intimes. Le tube de rouge à lèvres rouge vermeil neuf et si ancien s'écrase sur ses lèvres qui s'illuminent au contact de cette pommade magique. Une chaleur brutale l'envahit qui rapelle celle de Gil...sans doute ont t'il epprouvé cette sensation en même temps....

Elle ouvre la penderie grise déchirée par le temps, se saisit d'une jolie robe fleurie dont les couleurs s'harmonisent avec son sourire éclatant trop longtemps enfermé dans une bouche exquise. Elle s'est métamorphosée Marinette. Elle n'avait jamais pris le temps de consacrer du temps à ce corps oublié. Ce n'est pas une beauté mais c'est une femme souriante, sensuelle, charmante qui vient frapper le miroir qui semble conquis comme par enchantement. Sa chevelure rousse jaillit de ce foulard, cette prison étouffante. Un nuage de vapeur de poudre de riz recouvre la peau de ce visage de porcelaine. Elle pense à Edmond parti de bon matin en ville. Il ne rentrera que tard dans la soirée. Elle en profite. Il ne la verra pas si rayonnante d'ardeur.

Et ce n'est pas Edmond qui lui aurait suggéré de se faire belle pour lui. C'est un ours, un marginal qui ne lui a jamais procuré de plaisir. Pas un moment de tendresse, ni un mot langoureux.... 

à suivre....

 

 

Par KIFKEUF - Publié dans : LA DAISYRADE
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Mercredi 22 novembre 2006

(5) - GASTON L'HOMME BON...suite

 

 

Gaston sollicite Gil à l'aider à finir ses tournées de lait. Le coeur sur la main cet homme ridé qui paraît plus vieux que son âge ! Grosse moustache brune, grand sec, 1,80 m grêlé d'acné, coiffé d'une éternelle casquette soudée à son crâne que l'on devine chauve, il attire la sympathie. Son regard laisse néanmoins transparaître une souffrance qu'il traîne à travers une larme éternelle. Il est d'un naturel râleur et peste en permanence sans agressivité. Tout le monde connait Gaston l'homme bon, toujours prêt à rendre service. Sa vie est extrardinaire. Gaston est un enfant adopté, il s'est toujours suffi à lui même. Il n'a jamais été à l'école. Il voit le jour le 20 Novembre 1904 à Tellancourt près de Nancy. Sa mère meurt en couches alors qu'il n'a que 3 ans. Son père les abandonne lui et son unique frère d'où leur placement à la DDASS. Gaston qui ne supporte pas cette vie s'échappe à l'âge de 12 ans et commençe à travailler dans une ferme près de Rouen où il est recueilli par un vieux fermier solitaire sans aucune famille. S'établissent alors entre eux des liens presque parentaux et c'est dans un amour paternel qu'il va grandir au milieu des vaches apprenant le métier sous la houlette du vieux fermier. Malheureusement le vieil homme meurt laissant Gaston seul face à cette exploitation laitière. Gaston n'a alors que 22 ans. Il n'a jamais été fainéant. La chance va lui sourire. Il est seul bénéficiaire dans le testament que le vieil homme avait fait parvenir au notaire. Par amour et par respect en sa mémoire, il va s'acharner à la besogne et c'est une affaire florissante que Gaston va produire. Il ne roule pas sur l'or mais ses revenus lui permettent d'engager un jeune couple, Marinette et Edmond qui prendront domicile chez lui. Marinette est une femme d'1,60 m assez fluette, le visage ingrat marqué sans doute par de terribles secrets. Edmond a 20 ans de plus qu'elle. Un marginal solitaire. Ils sont trop différents pour être ensemble mais ils donnent tout de suite satisfaction à Gaston qui n'est pas du genre à poser des questions. C'est un homme bon Gaston. Marinette s'occupe bien de la ferme et des animaux, et Edmond est un gaillard solide réparant de nombreux outils évitant des frais chez le quincailler du coin. Ils occupent une petite cabane de quatre pièces confortables et disposent de l'eau et de l'électricité. Le potager est régulièrement entretenu par Marinette qui se montre une cuisinière douée. Que pourrait demander Gaston de plus. Dix années que ce couple apparemment sans histoire partagent la vie de Gaston. Mais l'arrivée de Gil va chambouler la vie à la ferme...

La tournée épuisante s'achève. Gil s'est endormi, sans doute marqué par le manque de sommeil. Il est presque midi quand Gaston réveille brusquement Gil lui annonçant une invitation à déjeuner dans sa modeste demeure.

Marinette se tient debout devant la porte un torchon à la main qu'elle secoue. Voyant cet étranger accompagnant Gaston, elle rentre aussitôt et ferme la porte derrière elle au lieu de les accueillir. Gaston n'a rien vu de cette scène, trop occupé à décharger sa camionnette...

Marinette se hâte de prévenir Edmond de l'arrivée de cet intrus qui va chambouler le plan qui germe dans leurs esprits depuis longtemps, dans le but de dépouiller le pauvre Gaston. Un stratagème diabolique....

 

 

 

Par KIFKEUF - Publié dans : LA DAISYRADE
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Mardi 21 novembre 2006

(4) - NOUVELLE VIE, NOUVELLE ORLEANS...suite

 

 

 

 

Rouen - 30 Juin 1949 -

Gil alors âgé de 16 ans quitte le domicile familial après une nuit agitée. L'aurore à peine levée, il emboîte le pas doucement en prenant le soin de ne pas réveiller "ses mères". Elles seront avisées de son départ secret qu'au moment de leur petit déjeuner. Pour le moment, elles dorment profondément et Gil a pris le soin de déposer une lettre brève sur la table de la cuisine..Juste quelques mots ornent cette feuille déchirée de son cahier intime : "Je pars à ma recherche - Adieu".

Un baluchon sur son épaule contenant juste de quoi se changer, son journal intime, son certificat d'études, quelques billets de banque et surtout, surtout la photo de sa mère Daisy...

Il jette un dernier regard derrière lui, baisse son chapeau comme pour oublier et emprunte d'un pas décidé le chemin de terre qui le transportera dans le néant...

Il sait qu'il dispose de tous les atouts pour réussir, que l'enjeu va être trés difficile mais tout peut arriver. Pour Gil ce départ, cette renaissance est le Pérou. Il a attendu longtemps..Il a tant de fois rêvé de grande vie, de belles filles, de copains. Qu'on le respecte enfin, qu'on le salue, qu'on se retourne sur lui.... mais pour flamber il faut du prestige, de l'audace, de l'argent...

Au bord de la route, une camionnette de laitier semble rouler au pas. Gil fait signe au conducteur qui s'arrête et le fait monter comme s'il était joyeux de trouver un compagnon de route devenue rhébarbative et monotone.

La discussion fait bon train portant sur les vaches, le lait, la distribution matinale. L'homme est trés bavard.

Au fil de la conversation, Gil apprend que ce laitier doit prendre le bateau en direction de la Nouvelle Orléans. Il se dit que c'est un signe du destin. Et quel destin !!!

"J'm'appelle Gaston l'ami ! Un chti coup d'rouge ?"

Gil qui n'a jamais bu, se lâche dans un soupir et accepte ce goulot tendu dans cette main ridée cordiale. Une gorgée, deux.. et dans un sursaut de fierté il avale en un trait la moitié de la bouteille.

"Ste Marie ! Sacré descente P'tiot !"

"Et où c'est y que tu vas comme ça mon gamin ?"

"M'sieur Gastion, je suis à la recherche de ma mère que je n'ai jamais vu"

"Et où c'est y qu'elle est ta mère ?"

"Aux dernières nouvelles, j'ai cru comprendre dans une conversation de la famille qu'elle se trouverait en Amérique" réplique Gil, tête baissée, se pinçant la lèvre pour faire jaillir cette putain de larme qui tarde à apparaître de son oeil"

Gaston, touché par ce môme pour lequel il se prend en pitié lui tapote l'épaule comme pour lui faire comprendre qu'il allait l'aider....

 

Par KIFKEUF - Publié dans : LA DAISYRADE
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